Je ne sais plus quel brillant romancier* avait décrit dans l’une de ses oeuvres, de façon merveilleuse, toute l’intensité des sentiments, dans une relation naissante, qui culminait au moment de la tentative, qui fait qu’on se prend une claque ou un baiser.
Tout était dans l’attente de ce moment ultime, et la suite ne pouvait jamais atteindre ces sommets.
Ben, hier soir, pour le spectacle The Wall, j’étais un peu dans ces sentiments…
Est-ce que ça serait au niveau de mes attentes…
Serait-ce le concert rare que j’espérais?
Avais-je eu raison d’en attendre tant?
L’émotion durerait elle après les premières notes jouées?
Ben…
Reprenons en fin de journée.
Pour une fois, je n’étais pas allé travailler en costume. Une raison à ça: mon chef m’avait collé une réunion à 17h00 et du coup, je savais que je devrais aller directement à Bercy en sortant. Du coup, ça a été jean/basket/chemise (avec sous la chemise mon T-Shirt de la tournée Dark Side of the Moon usé)

18h00… J’ai une galère au boulot, je ne peux pas partir…
Et ça traîne, et ça traîne, et je sais que le spectacle est annoncé à 20h00 et que généralement, il commence pile à l’heure.
18h30, je me sauve… Direction, la gare.
20 minutes après, je suis Gare Saint-Lazare, je prends la ligne 14, super rapide et pratique… Peu après 19h00, me voila devant Bercy.
Madame doit m’y retrouver, mais comme je sais que c’est grand, qu’il risquait d’y avoir plein de monde, et que nos places étaient numérotées, le plus simple, c’était de nous retrouver à l’intérieur.
J’entre tranquillement.
Rapide coup d’oeil au stand merchandising, plein de jolies choses.
19h15, la fosse est pleine…
Impatient de découvrir mes places… J’ai pris ce que je pouvais, vu que tout Bercy avait été vendu en moins d’une heure. Je sais que c’est en face de la scène, mais pas trop à quel niveau.
Pas terrible, effectivement, c’est bien en face, mais à l’avant dernier rang.
Au moins, on profitera bien des effets visuels globaux.
Madame arrive et sa première réflexion ça a été “Tu as vu les super t-shirts femmes qu’ils ont?”.
Effectivement, une jeune fille arrive à ce moment là, ils sont très sympathiques.

Peu d’attente finalement, la fosse est blindée comme rarement, mais les gradins ne se remplissent qu’assez lentement (mais ils finiront pleins à craquer).
Je me fais la réflexion que je me sens bien, comme ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps.
Et puis ça commence, tranquillement, à la trompette.
Et ça explose immédiatement… Eclairages, mise en scène, gros son, effets pyrotechniques dès le premier morceau… projections sur les morceaux de mur déjà montés (il fait la largeur de Bercy), et avion qui part du plafond pour s’écraser sur scène dans une explosion dès la fin du premier morceau…
Et ça défile pendant une heure, j’en prends plein les yeux, j’ai la poitrine serrée à plusieurs moments.
Il y en a partout.
Les projections sont superbes, il y a des marionnettes géantes, on a droit à un duo de Roger Waters avec… lui-même, 30 ans plus tôt.
Les musiciens sont un peu petits d’où je suis… grands comme la dernière phalange de mon petit doigt.
Une pensée pour un gentil chanteur quand un hommage à Jean-Charles de Menezes est projeté sur le mur.
Le mur monte. Lorsque les techniciens posent la dernière brique en haut, c’est sous un tonnerre d’applaudissements.
Il reste un trou ou deux pour le dernier morceau.
Roger entonne Goodbye Cruel World… et la dernière brique est en place.
30 minutes d’entr’acte.
Je propose à madame d’aller jeter un coup d’oeil aux t-shirts.
Arrivés au stand principal, dans le hall, ils sont tous là… sauf celui pour femme, qui est annoncé comme épuisé…
Il m’en faut plus pour renoncer, je lui dit qu’on va tenter dans les ailes de Bercy, il doit y avoir d’autres stands… Progression très difficile, il y a énormément de monde.
Au bout de longues minutes, on arrive à ce second stand, et ils ont encore le fameux T-shirt… Pas beaucoup, il n’en reste que trois… et il y a du monde…
Je me faufile. Une fille devant nous en prend un…
Et c’est enfin à nous!
Je rafle l’avant dernier exemplaire (de tout Bercy?) et il y en a un autre (pour moi) qui me plait bien (mais je n’arrive pas à trouver une photo sur le Net). Gris moiré, avec les bombardiers (les esthètes comprendront)… Seulement il ne leur reste que du XXL.
C’est humiliant pour mes 6 kilos perdus depuis le début de l’année, mais il est trop beau.
Deux bouteilles d’eau, une glace… avec les t-shirts, on est pas loin des 100 Euros, et retour à notre place.
La demi-heure de pause est vite passée…
Et c’est reparti pour ce tourbillon de sentiments.
Les projections sur le mur complet sont exceptionnelles, au moins pour cela nous sommes placés merveilleusement.
Le son est bon, à part pour une guitare que je trouve un peu trop brouillonne.
De nouveaux effets…
L’habituel cochon gonflable géant qui survole la foule.
Et puis, c’est l’heure du procès.
Le moment le plus poignant, tout en étant le moins intéressant pendant le show, Roger Waters chante sur une bande… A se demander si c’est pas la bande du disque d’origine.
Et vu les voix qu’il prend, c’est peut-être même du playback.
Et le morceau se termine…
Et tout le monde retient son souffle…
Et la première brique tombe!
Et j’ai les larmes aux yeux!
Le mur s’effondre!
Putain, j’ai vécu ça!
A la fin du concert, j’étais sur mon siège inconfortable, dans Bercy rallumé, avec une envie de ne pas bouger, de profiter du moment le plus longtemps possible.
Un ami qui était avec nous me dit “on y va?”.
J’ai répondu “Non… Il repasse demain soir. Je reste jusqu’au second spectacle”
Plus tard, en rentrant à la maison, j’ai essayé de me remémorer ce qui m’avait le plus plu.
Impossible de savoir.
Tout?
* A la réflexion, je me demande si c’est pas moi, dans mon roman inachevé!